
Attention! Il y a du nouveau dans le monde du pimp! Comment? Vous ne connaissez pas le pimp? Mais si, voyons! Vous les avez déjà vus, ces decks qui brillent de partout, qui sont dans des langues étranges, et que pour les acheter il vous faudrait hypothéquer votre voiture et votre pauvre maman. Eh bien, ça, c'est du pimp!
Bienvenue au royaume du pimp!
Le premier stade du pimp, c'est de jouer avec des premiums. C'est joli, ça éblouit un peu l'adversaire au moment des choix cruciaux, et ça ne coûte pas trop cher à se procurer. Ensuite, on peut décider de jouer avec des cartes alpha, ou avec des terrains promotionnels, ou encore avec des cartes misprints*. Et jusque là, le summum du pimp, pour la majorité des joueurs, c'était de jouer avec de l'asiatique premium. Ca coûte très cher, c'est dur à trouver, et en plus personne ne comprend plus rien à ce que fait la carte : bref, c'est super.
Enfin, disons que c'était le top du top jusqu'à l'apparition d'un nouveau type de cartes, encore plus originales : les cartes altérées. Non non, je n'ai pas parlé de cartes avec un dessin alternatif, comme Wizards en a publié, je parle bien de cartes altérées. Kézaco? Eh bien, si vous êtes déjà allé à un gros tournoi, vous aurez remarqué que parfois les artistes sont présents pour signer leurs cartes, et qu'ils rajoutent à l'occasion un petit dessin à la main dessus. Personnellement, je leur demande toujours de rajouter un chapeau, parce que j'en porte souvent un en tournoi : j'ai donc un Bâtard sauvage qui porte un bonnet à grelots, un Grand gargadon avec un sombrero, un Keiga avec un chapeau haut-de-forme, etc. Ca, c'est le début de l'altération. Au niveau dessin, c'est pas glorieux, mais c'est marrant, et puis ça rend les cartes uniques (donc vous aurez compris, si y a un mec qui joue un Gorille beringeï qui porte une chapka, vous savez à qui il l'a piqué).
Fiat alteratio! (Et l'altération fut)
Mais en fait, le concept de l'altération va beaucoup plus loin : quitte à modifier un peu le dessin originel, pourquoi ne pas carrément le customizer? Par exemple, Aleksi Briclot (un des dessinateurs français de cartes Magic, notamment tous les arpenteurs, Saisie des pensées, Venser...) propose, sur les grands tournois, de personnaliser les cartes en quelques minutes à l'aide de marqueurs et de ciseaux. Le résultat est sympa, mais ça reste du travail rapide.
 Saisie des pensées altérée par Aleksi Briclot
Sauf que justement, depuis peu, quelques personnes ont eu l'idée d'altérer les cartes de façon bien plus élaborée : on a vu ainsi apparaître des cartes dont le dessin avait été carrément remplacé, ou étendu à l'ensemble de la carte. En se servant de pinceaux très fins, de peinture (le plus souvent acrylique), et de vernis, ces nouveaux artistes modifient ainsi le design des cartes. Au lieu de jouer avec des cartes produites industriellement à des milliers d'exemplaires, on peut désormais se constituer un deck avec des cartes uniques, puisque chaque carte altérée est un exemplaire peint à la main. Pour faire simple, il existe deux types majeurs d'altérations : les frameless, et les créations originales, mais pour plus de détails, je vous laisse vous reporter aux encadrés qui vous expliqueront ça très bien.
C'est Terese Nielsen, que vous connaissez sans doute pour avoir fait les illustrations de Témoin éternel, de Fait ou Fiction, ou encore de la célèbre Force de Volonté, qui a eu l'idée en premier de proposer des altérations de ses cartes pour quelques dizaines de dollars. Au vu du succès que le concept a rencontré, elle a bien sur augmenté son tarif à une centaine de dollars, mais elle a surtout inspiré bien d'autres : des artistes déjà commissionnés par Wizards, comme Ron Spencer (un des dessinateurs les plus connus de Magic, qui a fait entre autres Volonté de Yaugzebul, Creuset des Mondes, ou la célèbre Terreur) et Ken Meyer Jr (Gorille Beringei, Messe Noire), mais aussi des anonymes qui se sont essayés, avec plus ou moins de succès, à ce difficile exercice. Depuis, les forums sur les cartes altérées fleurissent sur le net, l'engouement ne cesse d'augmenter, et de véritables stars comme Nerea Iturgaiz ou Catherine Chandler ont donné leur titre de noblesse à cette nouvelle forme d'art.
 Yaugzebul se fait un petit méchoui | Si meme l'académie tolarienne se fait attaquer... |
La légalité des cartes altérées
Ah, j'entends déjà ce que vous allez me dire : ces cartes sont très jolies, mais est-ce que je peux les jouer en tournoi? Ce à quoi je vous répondrai : excellente question, merci de l'avoir posée. En fait, les règles ne sont pas très claires là-dessus : officiellement, on n'a pas le droit de modifier un dessin, parce que ça peut prêter à confusion. Sauf que lorsqu'un artiste signe sur un dessin, ou rajoute un ptit truc (style un chapeau, hein, pourquoi pas?), ça ne pose jamais problème. Par ailleurs, la DCI* n'est pas contre le principe, puisqu'un site de vente de cartes altérées a été ouvert avec son autorisation. Bref, c'est un peu compliqué. En gros, ce qu'il faut retenir, c'est que la carte altérée doit conserver les informations importantes de la carte : nom, coût de mana, type de carte et boîte de texte. De cette façon, tout le monde comprend très bien ce que la carte fait, et il n'y a pas de raison de l'interdire. Il faut aussi que l'épaisseur de la carte, son poids, et sa capacité à se plier demeurent intacts. Demandez quand même à l'arbitre avant un tournoi si vous pouvez jouer avec des cartes altérées, ça évitera les mauvaises surprises en cours de journée. Personnellement, j'ai déjà joué plein de fois avec des cartes altérées, même en PTQ*, et ça n'a jamais posé problème. En fait, tant que l'altération ne nuit pas à la bonne compréhension de la partie, tout va bien, et si les arbitres se massent autour du match, c'est uniquement pour admirer eux aussi les cartes!
Et si je pimpais mon deck (et mes Akroma)?
Forcément, comme c'est original et joli, de plus en plus de personnes s'essaient à l'altération. Puis après tout, chacun peut tenter : je prends du ketchup, j'en mets sur ma carte, et hop! J'ai une Akroma blanche, mais rouge. Ok, c'est moche, ça sert à rien, et ça attire les mouches, mais l'idée est bonne, non?
Non? C'est dommage, j'avais une autre idée, avec une Akroma rouge et de la mayonnaise. Ca n'intéresse personne?
En réalité, ceux qui altérent les cartes sont nettement plus doués que ça. Enfin, pas toujours toujours. Certains essaient de peindre alors qu'ils feraient mieux de se consacrer à l'acrobranche ou au mime, tellement ils sabotent les cartes. Mais une bonne dizaine d'artistes se démarque du lot et produit de façon régulière des altérations originales et esthétiques. En ce qui concerne le prix, il y a un peu de tout. Vous pourrez trouver des altérations à 5 €, alors que d'autres, comme celles de Ron Spencer, partent à plus de 1000 dollars.Vous pouvez même commander des altérations, en demandant par exemple à être
représenté sur la carte. Depuis quinze jours, un artiste a meme inventé une nouvelle façon d'altérer les cartes : au lieu de modifier le dessin, il modifie le texte. Plus exactement, il efface les textes originaux et les réécrit... en japonais. Et tout ça sur des cartes d'anciennes éditions qui ne sont jamais sorties en japonais! Sympa de jouer des vrais bilands en asiatique, non? Ou qui sait, un jour, peut-etre... un lotus noir japonais?
 Du Fallen Empires japonais...
L'Hymn to Tourach le plus pimp du monde!
(Et non, vous ne revez pas, c'est bien écrit à la main.)
Bref, vous l'aurez compris, il n'y a pas de limites à l'altération. Que vous soyez collectionneur, peintre dans l'ame ou simplement amateur de belles cartes, cet art est fait pour vous! Alors préparez votre sens de l'esthétisme, affutez votre bon gout et... bonnes altérations !
Lexique :
DCI : Organisme qui planifie les tournois de Magic et qui en détermine les règles.
PTQ : Tournoi qualificatif pour un Pro Tour.
Misprint : C'est une carte qui a subi une erreur d'impression. Par exemple une carte mal coupée, ou une qui comporte le dessin d'une autre.
Les frameless : Littéralement, frameless signifie "sans cadre". Ce sont des cartes dont le dessin a été prolongé au-delà du cadre habituel. L'idée vient en fait directement de Wizards, qui a imprimé des cartes promotionnelles avec ce principe, comme les Mutecaveaux et les Parfaites Impérieuses de la dernière saison des Champs. Le but, c'est de peindre partout où c'est permis, c'est-à-dire de garder toutes les informations importantes, et de poursuivre l'illustration sur l'ensemble de la carte. La première difficulté, pour l'artiste, est de réussir à retrouver exactement les couleurs du dessin originel. La deuxième, c'est qu'il s'agit de poursuivre un dessin qui tient sur une carte, alors que l'artiste officiel a peint l'illustration sur une surface bien plus grande : autant dire que c'est un sacré travail de minutie. Mais le résultat en vaut la peine.
 Y a un toucan qui essaie de s'inscruster. |  Finalement, c'est vachement joli un marais, non? |  Forcément, tout de suite, ça a de la gueule... |  Feu VS Glace : Match nul. |
 Voilà ce que ça fait quand on le laisse trop longtemps au micro-ondes ! |  Qui c'est qui va encore devoir tondre les mauvaises herbes? |  Il fait pommeau de douche aussi? |
Les créations originales : Contrairement aux frameless, les créations originales ne se contentent pas de poursuivre l'illustration, mais elles la remplacent. Pour que ça soit intéressant, bien sûr, il faut que le nouveau dessin ait un lien avec la carte. On peut ainsi imaginer des altérations qui représentent des héros de films, des hommes politiques, oui qui reprennent des tableaux célèbres. On peut faire des clins d'oeil aux joueurs de Magic, en rajoutant par exemple une toupie de divination sur un mage aux breloques, ou en dessinant un Atog qui mange des mox. En fait, on peut absolument tout faire. Elle est pas belle la vie?
 J'ai un ptit coup de mou, moi... |  Ben où il est passé le bonhomme qui crie? |  Si même les zombies font du Guitar Hero... |
 Le Juzaam Djinn n'est pas mort ! (Et il est toujours aussi méchant)
|  Tiens, ça me donne une idée de combo, ça... |  Avec Jaya, c'est chaud bouillant!
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